Alors nous avons commencé à écrire. Toutes les deux, du bout de notre plume, nous essayions de nous extirper de la normalité. Nous nous sommes vite prises au jeu. J'étais jalouse... Et admirative. Ses textes exprimaient la haine que j'avais tant de mal à exploiter.
De jour en jour, mon c½ur s'anima d'une nouvelle force, que je ne compris que quelques mois plus tard. Je vivais pour écrire, pour elle. Chaque mot, chaque lettre explosait en moi comme des milliers d'éclats brûlant. J'aimais cette douleur. Comme une pensée chaude et amère. Regret... désirs...fantasmes.
Elle aimait mon écriture « sophistiquée » disait-elle, J'enviais son écriture tranchante, à fleur de peau. J'avais l'impression en écrivant de faire des détours interminables, elle allait directement au but.
J'ai finis par découvrir le sentiment qui m'habitait, si rassurant et douloureux. J'en ai souris. Qu'aurais-je pu faire d'autre ? Cela ne m'étonna même pas.
Evidemment il arrive un jour où elle commença à me parler d'une fille qu'elle avait rencontré. Elle « me ressemblait ». Oh... Je ne la haïssais pas, cette fille. Je préférais me morfondre intérieurement. Je pensais que c'était de ma faute.
Alors j'ai essayé de l'oublier. Quand j'ai cru que cela était bon, je suis allée lui dire « je t'aimais », et bien sûr elle m'a répondu « moi aussi ».
Nous avons arrêté de nous parler.
Je veux dire... De nous parler comme avant. Nous sommes tombées dans ce vide des mots, dans le rituel des « ça va oui et toi ». Les discussions sans saveur, sans aucune utilité. Nous... Nous qui passions des nuits entières à parler. Nous avions rejoint la normalité de l'internet, des claviers creux de mots sans intérêt, des écrans plats aux discussions plates.
Ce soir, je marche dans un dédale de feuilles mortes, rouges. Je cherche la moitié de l'arbre d'âme.
Et au coin du sentier, il y a une fille assise au creux des racines. Elle me regarde et me sourit. Je m'approche, elle me parle. D'un passé pas si lointain mais enfoncé au plus profond de mon c½ur. Elle me parle comme elle m'aurait parlé la veille. Elle me fait rire... J'ai pleuré.
Je sais qu'elle a changé, mais pour moi elle veut bien rester la même.
Ce soir au creux de mon ventre s'élève comme une envie d'écrire, une flamme délicieuse qui me dévore entière, un tourbillon de feuilles au creux des mes souvenirs.



